Ras le bol

N 696 – Mardi 31 mai 2016

Les grèves-manifestations-blocages se poursuivent, qui rendent la vie difficile à ceux qui travaillent – dont la quantité/qualité de travail conditionne le revenu. Les indépendants, paysans-artisans-commerçants-libéraux ont l’impression d’être pris en otage – pour un enjeu qui ne les concerne pas…

SNCF, RATP, aviation civile, ports cette semaine, grève générale le 14, et, avec le début de l’Euro à partir du 10, la pagaille va gagner les grandes villes. Comment travailler dans ces conditions, sans moyens de transport, et avec la menace de coupures d’électricité ?

La situation commence à être difficile pour certains indépendants, à commencer par ceux qui doivent se déplacer pour leur travail – agents commerciaux, consultants, formateurs, photographes, le vélo n’est pas toujours la solution. Et si les manifestations se poursuivent – le projet de loi El Khomri passe au Sénat du 13 au 24 juin, puis de retour à l’Assemblée Nationale en juillet – pendant encore plusieurs semaines, leur impact sur les revenus de ces professionnels risque d’être grave.

Alors que le débat ne les concerne pas. On conçoit bien qu’il y ait débat, le projet de loi est explosif – et on pourrait en vouloir au gouvernement pour l’avoir si mal enclenché : après des mois de préparation, des tonnes de rapports présentés par les meilleures compétences de la République, un projet déposé sans préavis sur le bureau des assemblées, pour être aussitôt amendé, puis modifié, puis ‘amélioré’, puis… puis… puis passé en force sur l’intuition qu’il ne serait pas voté !

Mais s’il y a débat – et celui-ci concerne l’avenir, celui de notre génération et des suivantes – ce débat est causé par l’évolution de la situation économique du monde entier, par des faits matériels qui ne peuvent être occultés. De même que les métiers à tisser mécaniques ont ôté le pain de la bouche des canuts, le chemin de fer celui des cochers et l’électricité celui des allumeurs de réverbères, le monde numérique qui se développe sous nos yeux annonce une « troisième », selon certains économistes, révolution industrielle – sans compter d’autres évolutions – dont nous ne sommes qu’à l’aube.

La révolte des luddites, en 1811-1812 en Angleterre, imités par les canuts à Lyon en 1831, qui brisaient les machines à tisser automatiques, ressemble à la fureur d’une CGT prête à mettre la France à genoux pour conserver le « bon vieux temps », et son équilibre précaire entre patrons et ouvriers – Zola 150 ans plus tard !

Ce n’est pas le rôle de la CyberGazette que de prendre parti dans un tel conflit. Ni de suggérer les évolutions possibles devant l’évolution de l’économie – sinon en mettant en évidence que des évolutions sont nécessaires/indispensables, que les canuts les apprécient ou non.

Et, tout de même, de prendre le parti de ses lecteurs et lectrices, dont les revenus pâtissent directement de ces manifestations, otages maltraités d’un conflit qui les dépasse.

 

Prochiane CyberGazette : 7 juin 2016

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