Freelance

  1. N 686 – Mardi 16 février 2016

La vie de freelance n’est pas un long fleuve tranquille. Récit édifiant.

Dominique Strauss-Kahn, après ses démêlés new-yorkais, créé en septembre 2012 une société unipersonnelle (SARL, puis SASU, au capital de 1 000 euros), immatriculée à Paris, 14e, qui facture ses activités de conseil international (par exemple, le géant pétrolier russe Rosneft) et réalise, en 2013, 2,55 millions de recettes et 766 344 euros de bénéfice net (-39 255 euros en 2014). Un bon début.

En 2014, il transfère ses activités au sein de Parnasse International, domiciliée cette fois-ci à Casablanca, Maroc. Installé dans un somptueux ryad à Marrakech, il conseille via cette société la Serbie, le Soudan, Cuba, la Corée du Sud, des banques russes et autres ‘grands comptes’, et roule dans sa Porsche Panamera. Et fait de bonnes affaires : en 2014, 8 millions de recettes pour un bénéfice de 7,1 millions. Tout va bien.

Mais il souhaite faire mieux.

Le 18 octobre 2013, avec 103 000 euros, il co-fonde le fonds de gestion luxembourgeois LSK (Leyne, Strauss-Kahn & Partners) dont il prend 20 %. Objectif : lever 2 milliards $ de fonds. En retour, LSK devait investir dans le fonds prévu par DSK : DSK Global Investment Fund Limited, à Guernesey. Objectif : lever 2 milliards $ – c’est le chiffre porte-bonheur.

Patatras, le 3 octobre 2014, après quelques manipulations financières douteuses (Ernst & Young avait démissionné du commissariat aux comptes en décembre 2013), la société LSK est condamnée par le tribunal de Luxembourg à rembourser 2 millions d’euros à un de ses investisseurs – mais le groupe est insolvable. Le 20 octobre, DSK démissionne du conseil d’administration. Le 23, le fondateur, Thierry Leyne, se suicide à Jérusalem. Enfin, le 7 novembre, LSK est mise en faillite, laissant un passif d’une centaine de millions, et conduisant ses administrateurs devant les tribunaux luxembourgeois face au fisc, et français face à 156 créanciers-investisseurs et au parquet qui envisage une poursuite pour « escroquerie, abus de biens sociaux, faux et usage de faux ». Président du conseil d’administration, DSK est sur la sellette, bien qu’il jure n’avoir été au courant de rien. Les yeux dans les yeux…

Le Parnasse parisien a été mis en liquidation en janvier 2015, le fonds de Guernesey n’a jamais vu le jour, et, d’après son avocat, DSK a perdu 1,2 million dans la faillite de LSK (« et je n’ai jamais perçu aucune rémunération », se plaint-il à Europe 1). On se demande comment il a pu survivre en 2015 ?

Des hauts et des bas, comme nous tous.

 

Prochaine CyberGazette – Mardi 23 février 2016

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