Uberisation

N. 674 – Mardi 27 octobre 2015

Les médias résonnent d’appels à lutter contre « l’uberisation » qui déconstruirait notre « modèle social ». Mais cette tendance au travail « collaboratif » ne date pas d’hier, les freelances en ont été les pionniers.

En effet, en quoi consiste ce phénomène ? Pour réaliser des tâches simples et répétitives (conduire un client en voiture, livrer un repas, des fleurs, des livres, etc.), Uber et ses homologues (Lyft, Amazon…) font appel à des particuliers disponibles via une plateforme internet. La belle affaire !

C’est le même mode de fonctionnement qui a créé puis multiplié les indépendants ‘classiques’ : graphistes, illustrateurs, journalistes, traducteurs, rédacteurs, et même les autres professionnels qui, s’ils n’exercent pas directement leur métier sur internet, y trouvent une bonne partie de leurs missions.

La différence avec Uber et ses comparses, c’est que ceux-ci offrent leurs services à des particuliers : on fonctionne alors en BtoC, alors que les freelances travaillent majoritairement en BtoB.

Cela les rend aussi plus visibles, et les ciblent directement lorsqu’ils concurrencent des monopoles ‘légaux’ comme les chauffeurs de taxi – en attendant les autres… (c’est une autre différence avec les freelances : ceux-ci ne concurrençaient que les agences de conseil, de com’, de traduction, de formation, etc. ou les sociétés de service informatique).

Que le phénomène bouscule les habitudes, et remette en cause, à terme, un « modèle social » bâti sur le salariat, c’est évident. Mais faut-il s’y arc-bouter au risque de transformer l’Etat, et ses mécanismes « sociaux », en tyran imposant une loi contraire au développement technico-économique ? Sans compter que le système fiscal est lui aussi sur la balance, en considérant la multiplication des systèmes « collaboratifs » (Blablacar, Airbnb, etc.).

Les syndicats ne s’y trompent pas, qui commencent à réfléchir sur l’accompagnement de ces nouveaux modes de travail : la création d’un SCP/VTC (Syndicat des Chauffeurs Privés/Voitures de Tourisme avec Chauffeurs), réunissant les chauffeurs d’Uber, lancé par l’UNSA est un bon exemple, et la CFDT et même la CGT y songent aussi (http://www.europe1.fr/economie/luberisation-va-t-elle-bouleverser-le-paysage-syndical-francais-2534873).

Les auto-entrepreneurs s’y mettent aussi, dont la Fédération (FEDAE) vient de lancer un Observatoire de l’Uberisation pour « accompagner l’uberisation, apporter un constat précis et proposer des pistes de réflexion autour de la réforme du code du travail, du dialogue social, de l’évolution du Droit… ». Ils envisagent de publier au printemps 2016 un Livre Blanc au cours d’ « Assises de l’uberisation ».http://www.uberisation.org/

Et François Hurel, président et fondateur de l’Union des Auto-Entrepreneurs (UAE), à l’origine de la création du statut, propose, en évolution du Code du Travail, de « réfléchir à un nouveau droit de l’activité ». Il rejoint en cela Jacques Barthélémy et Dominique Cette (Réformer le droit du travail, éd. Odile Jacob) et Denis Pennel (Pour un statut de l’actif, rapport du think tank Génération Libre – https://lanouvellerealitedutravail.wordpress.com/).

Prochaine CyberGazette : 3 novembre 2015

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